Aux sources du récit
Cernunnos, le dieu cornu celte
D'où vient le dieu cerf des Chroniques du Dieu Oublié ? De deux histoires très différentes : Cernunnos, divinité celte dont il ne reste presque rien, et le Dieu Cornu de la Wicca, figure née au XXe siècle.
Cernunnos, le dieu cerf des Gaulois

Cernunnos, le « Cornu » des Celtes, est une divinité localisée en Gaule, liée aux animaux et aux cycles de la nature. Bien qu'aucun texte antique ne le décrive, il n'est connu aujourd'hui que grâce à une dizaine d'images et une seule inscription.
La plus célèbre d'entre elles orne le chaudron de Gundestrup, trouvé au Danemark en 1891 (sans doute fabriqué dans les Balkans au Ier siècle avant notre ère). On peut y voir un personnage assis en tailleur et entouré d'animaux, portant une ramure de cerf, un torque dans une main et un serpent à tête de bélier dans l'autre.
Son nom, lui, n'apparaît qu'une seule fois, sur le pilier des Nautes, élevé à Lutèce au Ier siècle (aujourd'hui conservé au musée de Cluny à Paris). Son culte est pourtant avéré dès le IVe siècle avant notre ère, et il n'a jamais été assimilé à un dieu romain après la conquête. Tout le reste concernant Cernunnos n'est qu'hypothèse, et c'est cette rareté d'informations qui le rend à la fois fascinant et mystérieux : il nous apparaît telle une ombre venue des profondeurs des forêts antiques et des contrées sauvages, à une époque où les humains vivaient encore selon les lois de la terre et du ciel.
Le Dieu Cornu de la Wicca, une invention du XXe siècle

Le « Dieu Cornu » que célèbre la Wicca est une divinité composite née au XXe siècle grâce à Gerald Gardner, qui s'inspire de Cernunnos, de Pan, de Herne le chasseur anglais et d'autres figures mythologiques européennes. Il devient ainsi la figure de proue d'un néopaganisme duothéiste : il incarne la vie sauvage, l'astre solaire, les cycles de la nature, la mort et la renaissance, aux côtés de la Déesse aux trois visages (jeune fille, mère et vieille femme).
La naissance et la diffusion de cette iconographie doivent beaucoup à une thèse de l'historienne Margaret Murray, selon laquelle les sorcières persécutées auraient perpétué un ancien culte païen. Cette thèse est aujourd'hui rejetée par les historiens, mais son symbole continue d'alimenter un folklore riche et puissant, parfois diabolisé et assimilé à tort à Satan ou au Baphomet à tête de bouc.
Un panthéon recomposé

Les Chroniques du Dieu Oublié réunissent des divinités qui n'ont jamais été vénérées ensemble : Cernunnos appartient au monde celte continental, Brigid est irlandaise, Pan, lui, est grec et le Green Man appartient aux églises médiévales.
Ce mélange syncrétiste reflète les valeurs et les symboles que le néopaganisme cultive depuis un siècle.
Ainsi, le héros du roman graphique est une divinité recomposée à l'époque moderne et il le sait. Il n'est plus un dieu antique intact, mais le pâle reflet de sa grandeur passée qui se souvient vaguement d'avoir été vénéré sous d'autres noms.
Ainsi, le héros porte le drame et la problématique du récit : Que devient un dieu qui ne sait plus qui il est ? Est-il seulement destiné à disparaître dans le néant ?
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Sources
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